OTAN. Ankara : un sommet qui pourrait changer la donne ?

Une collection d’enveloppes et de timbres peut parfois raconter bien davantage qu’une histoire postale. 

Celle consacrée à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord permet de suivre, presque année après année, les grandes transformations de l’Alliance : sa naissance en 1949, son développement pendant la guerre froide, ses élargissements, la disparition de la menace soviétique, puis son retour au premier plan avec les tensions européennes contemporaines.

Ce que ces enveloppes premier jour racontent en filigrane, c’est la fierté avec laquelle chaque pays membre a, au fil des décennies, célébré son appartenance à l’OTAN : la Belgique et le Luxembourg dès le dixième anniversaire en 1959, la Grèce marquant en 1962 le dixième anniversaire de sa propre adhésion, le Portugal célébrant en 1979 trente ans de fidélité atlantique, la Turquie soulignant en 1962 une décennie de présence dans l’Alliance. Chacune de ces émissions philatéliques est un instantané de l’histoire politique de son pays, au moment précis où celui-ci choisissait d’afficher, sur ses propres timbres-poste, son ancrage dans le camp occidental.

De 1949 à aujourd’hui, l’OTAN est ainsi passée de douze à trente-deux membres, d’une alliance de défense collective figée face à un bloc soviétique disparu depuis, à une organisation confrontée à de nouvelles formes de menaces — cyberattaques, guerre hybride, retour de la guerre de haute intensité sur le sol européen — qui continuent de redéfinir, traité après traité, sommet après sommet, la raison d’être de cette alliance née il y a plus de soixante-quinze ans.

 Le sommet de l’OTAN d’Ankara pourrait être l’un de ces événements dont on ne mesure véritablement l’importance qu’après plusieurs années. Relativement peu commenté en France, il pourrait pourtant marquer un tournant dans l’histoire de l’Alliance et dans la relation entre l’Europe et les États-Unis.

Car derrière l’augmentation considérable des dépenses de défense se joue une évolution beaucoup plus profonde. Les États-Unis demandent désormais à l’Europe de prendre davantage en charge sa propre sécurité. Ce qui était encore difficile à imaginer il y a quelques années pourrait ainsi devenir une réalité : une Europe contrainte de renforcer ses armées, mais aussi de développer ses propres capacités industrielles, technologiques et stratégiques.

Le paradoxe est intéressant : en poussant les Européens à dépenser davantage pour leur défense, Washington pourrait contribuer à accélérer leur autonomie. Une Europe qui produit davantage d’armes, maîtrise davantage ses technologies et dépend moins des capacités américaines pourrait progressivement être en mesure de prendre ses propres décisions stratégiques.

C’est pourquoi le sommet d’Ankara ne doit peut-être pas être regardé uniquement à travers le prisme de la guerre en Ukraine ou de l’objectif de dépenses militaires. Il pourrait être le début d’une nouvelle redistribution des responsabilités entre les deux rives de l’Atlantique.

Et pour la France, l’enjeu est considérable : comment transformer l’effort de défense en une occasion de réindustrialisation, d’innovation et de renforcement de notre autonomie, plutôt qu’en une simple augmentation des dépenses publiques ?

Ankara pourrait ainsi être beaucoup plus qu’un sommet de l’OTAN. Le Canada est devenu la troisième nation-cadre de la Division multinationale Nord de l’OTAN, aux côtés du Danemark et de la Lettonie. Peut-être le début d’une nouvelle étape dans l’histoire de l’Europe ? 

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