Stéphane : Dominique, vous êtes entrepreneur, mais en écoutant votre dernière interview à la radio, on pourrait presque vous qualifier d’aventurier. On vous découvre aujourd’hui écrivain, romancier et passionné d’histoire. Pourtant, vous avez dirigé une entreprise importante pendant de nombreuses années. Comment expliquez-vous ce parcours ?

Dominique : L’entreprise est souvent une aventure. On avance sans toujours savoir ce qui nous attend. Être capitaine d’industrie, c’est un peu comme être capitaine d’un navire à l’époque des grandes explorations maritimes des XVe et XVIe siècles : on progresse sans connaître toutes les épreuves qui nous attendent, ni même la certitude d’atteindre le but fixé. L’esprit d’entreprendre comporte toujours une part d’aventure.
Stéphane : Dans l’aventure il y a du risque. Votre activité vous a-t-elle parfois exposé à des dangers ?
Dominique : Bien sûr. Être entrepreneur, c’est prendre des risques, comme un navigateur. Il faut calculer, innover, trouver le bon passage. Il y a des récifs, parfois des pirates, et il faut constamment prévoir, anticiper et s’adapter. Le marché, la concurrence, les débouchés, la capacité de production ou encore les ressources humaines : tout doit être pris en compte, et tout évolue sans cesse. Il n’est pas facile d’être chef d’entreprise dans un monde de plus en plus internationalisé.
Stéphane : Vous êtes né à Vouvray et votre grand-père était pharmacien à Paris au début du XXe siècle.
Dominique : Oui. Il était installé à Paris avant de revenir à Vouvray après la Première Guerre mondiale. Les conséquences du conflit avaient fragilisé ses poumons et les médecins lui avaient recommandé de quitter la ville pour la campagne. Il y créa alors un laboratoire où il innova notamment dans le développement des aérosols.
Mon père, après des études de pharmacie, repris l’entreprise familiale et développa les aérosols. Elle comptait 15 salariés.
Stéphane : Vous avez donc naturellement poursuivi dans cette voie ?
Dominique : Oui. J’ai repris le flambeau après mes études de pharmacie. Les prix des médicaments remboursés avaient été bloqués à jamais et la réglementation était devenue particulièrement exigeante dans le secteur pharmaceutique. J’ai dû lutter pour maintenir l’entreprise en difficulté grave, et modifier sa structure pour retrouver une rentabilité. Et puis, j’ai construit en 1984 une usine, neuve et performante, qui a grossi au cours des années. Le laboratoire était dorénavant spécialisé dans les produits pharmaceutiques et cosmétiques, sous forme liquide et semi-liquide. Grâce à ces investissements importants, la production était passée de 1 500 tubes à l’heure avec 4 salariés avant la nouvelle usine, à près de 10 000 tubes par heure avec 1 seul salarié.

Stéphane : Aujourd’hui, vous avez quitté le navire ?
Dominique : Oui, mais je continue le voyage pour d’autres aventures. Les officiers de marine prennent traditionnellement leur retraite à 59 ans ; pour moi, 60 ans était un bon âge pour prendre le large d’une autre manière.
Stéphane : J’ai entendu dire que vous manquiez un peu à vos employés…
Dominique : J’espère ne pas leur manquer trop, mais eux me manquent un peu, c’est certain. Notre entreprise représente une part importante de notre vie. J’ai la chance de ne pas être oublié par les anciens collaborateurs et d’être régulièrement invité à leur repas annuel.
Stéphane : On dit aussi que vos salariés étaient heureux de travailler avec vous.
Dominique : Personne n’est parfait, mais je crois que certains me regrettent parfois. Vous savez, le capitaine est un repère essentiel. Il montre l’exemple et rassure son équipage. Sans équipage, il n’est rien ; mais sans capitaine, le navire peut s’échouer. Pour diriger efficacement, il faut savoir gagner la confiance et l’estime de ceux qui vous entourent.
Stéphane : Quel est votre meilleur souvenir de chef d’entreprise ?
Dominique : Les vacances ! Lorsque l’entreprise fermait trois semaines, parfois quinze jours en août, je pouvais me consacrer davantage à ma famille et à la navigation. À 16 ans, j’avais commencé les régates et mon grand-père, passionné de littérature, notamment d’Alphonse Daudet et de Marcel Pagnol, m’avait transmis son goût des voyages. Le bateau a toujours été pour nous une formidable occasion de partager du temps en famille : nous étions ensemble, rien ne pouvait nous séparer.
Stéphane : Comment est née l’idée de votre roman Le Sépia des contre-jours ?
Dominique : À l’âge de 16 ans, j’ai retrouvé dans le grenier de mes grands-parents de vieilles photographies couleur sépia. Plus tard, j’ai découvert qu’il s’agissait de clichés de Gustave Le Gray, considéré comme l’un des pionniers de la photographie moderne et ami d’Alexandre Dumas. Il semble qu’ils aient fréquenté mon arrière-arrière-grand-père vers 1860.
Cette découverte a éveillé ma curiosité. J’ai commencé à imaginer leur vie, leurs voyages, leur époque. Ma passion pour les œuvres d’Alexandre Dumas et de Jules Verne a nourri cette fascination.
Stéphane : C’est à ce moment-là que vous avez commencé à écrire ?
Dominique : J’écris depuis une dizaine d’années. Le Sépia des contre-jours est une enquête historique et romanesque qui se déroule en 1860, alors que l’Europe des nationalismes est en pleine effervescence et que Garibaldi mène sa campagne pour l’unité italienne.
Stéphane : Vous nous emmenez alors en voyage autour de la Méditerranée ?
Dominique : Tout à fait. C’est une véritable saga méditerranéenne. Répondant à l’appel d’Alexandre Dumas, mon arrière-arrière-grand-père Arsène Leclerc rejoint son ami photographe Gustave Le Gray en Sicile. Dans une Palerme bouleversée par les combats, il croise les célèbres Chemises rouges et y découvre l’amour. Puis, à Beyrouth, en pleine guerre de religion, il devient la cible des services secrets britanniques. Guerre, amour, espionnage et aventure rythment son parcours.
Stéphane : Les personnages de votre roman ont réellement existé. Qu’en est-il de leurs aventures ?
Dominique : Il s’agit d’un roman historique consacré à l’unité italienne. Les événements et les personnages historiques sont authentiques, mais l’intrigue mêle également des personnages fictifs. J’ai cherché à construire un récit solidement documenté. Les aventures racontées sont romancées, mais elles restent plausibles et proches de la réalité de l’époque.
Stéphane : J’ai commencé votre livre et je dois dire que le récit est captivant. J’en suis aumoment où votre arrière-arrière-grand-père Arsène Leclerc embarque à Marseille sur l’Emma,la goélette de Dumas. On se sent véritablement embarqué avec lui. Félicitations pour votretalent de conteur.
Dominique : Merci beaucoup. C’est exactement ce que je recherche : permettre au lecteur de voyager aux côtés de mes personnages.
Stéphane : Merci pour cette belle promenade entre histoire, aventure et littérature. Peut-on vous contacter pour échanger davantage sur votre roman ?
Dominique : Bien sûr. Je répondrai avec plaisir à toutes les personnes désireuses d’en savoir davantage sur le livre ou sur son contexte historique. Qu’elles n’hésitent pas à me contacter.
dominique.chem@orange.fr



